Grand moment de prospective et d’anticipation partagée aux Universités d’Eté ! Le Lab 50, l’Observatoire du futur de la profession, invitait la profession à faire un bond en avant de quelques années. 2024, nous voilà … de retour ! Un saut temporel et créatif proposé par Cyril Degrilart avec un plateau d’intervenants visionnaires attachés à dresser le portrait-robot (avec une bonne couche de data sur le chevalet !) des cabinets en 2024.

Retour sur ce retour vers un futur déjà en partie présent, sous le signe de la technologie renforcée, de l’innovation encouragée et de la place de l’humain réaffirmée.  

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Clin d’œil à un film célèbre, animateur-expert dopé à l’énergie positive et bienveillante, grands témoins en première ligne des mutations qui traversent le monde du chiffre, Lab 50 sur tapis rouge, avenir et raison d’être de la profession au cœur des débats : tous les ingrédients étaient réunis pour faire de cette conférence un succès notable au box office de la profession comptable.

Nos futurs !

Le scénario du film est bien campé. Cyril parle de défis relevés : FEC, mise en place réussie de la facture électronique, parachèvement de la transformation digitale, optimisation de l’exploitation des gisements de données, saisie de toutes les opportunités nouvelles de business dans un monde bouleversé par les avancées technologiques mais aussi par de profondes évolutions sociétales.

Il ne traite pas de science-fiction comme dans le film de Robert Zedeckis. Prospectif mais réaliste, il vise à donner une nouvelle vision collective à la profession. Et à rappeler, si besoin était, que l’avenir lui appartient. Parce qu’elle a le vent en poupe et une utilité sociale redoublée, comme son rôle irremplaçable dans la crise Covid l’a si éloquemment démontré depuis 2020, il y a quatre ans ( !) … Et que, par conséquent, l’expertise comptable et le commissariat aux comptes sont, et demeureront, à tous égards, des valeurs d’avenir.

Moteur !

« La profession est rivée sur son avenir », souligne d’entrée de jeu (de scène) Cyril Degrilart. En 2024, elle se porte comme un charme, elle s’est brillamment réinventée. Une conviction en forme de profession de foi … « Tous les cabinets ont un rôle majeur à jouer avec plus de valeur dans les missions et davantage d’opportunités de service. »

Une façon on ne peut plus claire de couper court à toutes les attitudes frileuses, dubitatives, voire défaitistes sur l’avenir de l’EC et du CAC. L’avenir nous appartient, tel est le message directeur. Ne pas le craindre, mais au contraire l’appeler de ses vœux pour le construire et le maîtriser : voilà le mot d’ordre. En 2024, les choses sont claires.

L’ère de la data

Jean Saphores, vice-président du CSOEC, est sur la même longueur d’ondes. Il se plaît à rappeler que la préservation et le développement de la valeur ajoutée de l’expertise comptable ont toujours été au cœur des préoccupation des instances. Comment se présente pour lui l’année 2024 ? « Sous le signe de la sérénité après un « temps chaud » en 2022-2023 ». La transformation digitale est bien davantage source d’opportunités que de contraintes. La signature électronique, au centre des enjeux numériques de la profession, « permet de développer de nouvelles missions ».

Exprimant la voix des CAC, Frédéric Burband fait entendre un son de cloche convergent en insistant sur le rôle de la donnée dans l’offre de valeur.  « Une culture data driven constitue le point d’orgue de l’accélération de la transformation du métier d’auditeur. En 2024, on travaille désormais la donnée en profondeur, c’est un véritable changement de paradigme. »

A cette date, explique-t-il, la culture data driven a atteint sa maturité dans les entreprises et dans les cabinets. L’obligation de prendre des décisions plus rapides et structurées avec des référents datas dans les entreprises et la montée en puissance de l’automatisation (dont la RPA, Robotic Process Automatisation) ont permis d’assurer l’intégrité et la fiabilité des données, et d’en faire plus que jamais un instrument de pilotage décisionnel et organisationnel.

De nouveaux outils sont entrés en usage. Dont la data visualisation, d’utilisation courante dans les cabinets, et qui était d’ailleurs disponible sur le stand de la CRCC il y a trois ans déjà  … dès les Universités d’Eté 2021.

Audit informatique, analyse approfondie de données et d’algorithmes, accompagnement de la transformation digitale des entreprises … : autant d’horizons particulièrement porteurs pour la profession. 2024, odyssée de la data ? Nouvel horizon organisationnel et managérial ? Epopée humaine ? Assurément ! Voyons cela de plus près …

La transformation des acteurs du cabinet

Isabelle Vissuzaine, experte en innovation Sales et RH et programmes d’onboarding au service de la performance des entreprises, décrit un monde VICA : Volatile, Incertain, Complexe et Ambigu. Contemporain, quoi ! Redoutable mais passionnant. Un monde mouvant où l’inattendu est la norme et l’imprévisible certain, où tout s’accélère et se complique, où « les clients veulent de l’information n’importe où, n’importe quand et sur n’importe quel support ».

Par suite, le parcours consommateur s’applique au B to B : je veux un accès immédiat à l’information mais avec un service personnalisé de la part de mon EC ou CAC, autrement dit « du sur-mesure au prix du prêt à porter. » Equation difficile, mais qu’il devient indispensable de résoudre !

Il est nécessaire de s’adapter à ces nouveaux besoins. Selon Isabelle, « on parle d’expérience collaborateur en 2024, comme on parlait de l’expérience et des besoins client en 2021. Les collaborateurs veulent du sens, un équilibre vie privée / vie professionnelle, et que le cabinet les aide à évoluer et grandir. » Ce qui passe par la formation pour monter en compétence, par la communication, la reconnaissance, l’essor de la codécision … Les cabinets mènent des missions 360 pour leurs clients, les soft skills gagnent en importance, l’agilité est de mise.

Isabelle fait également part de sa conviction que l’innovation repose sur des méthodes, ce n’est pas quelque chose d’inné, de spontané, qui tomberait du ciel. De là, par exemple, l’importance du design thinking, de la co-création à partir des méthodes agiles et de la diversité des parcours et de la mixité des profils. L’humain est central.

Frédéric renchérit  : « On parle beaucoup de la transformation numérique mais le vrai sujet de fond est la transformation culturelle. C’est un travail de fond qui passe par la formation des hommes et des femmes. » Une vérité qu’Isabelle formule ainsi : « L’humain précède l’outil. Pour que l’outil marche, il faut que l’humain adhère. »

Bien faire et faire le bien

Derrière la technologie, il y a des humains, et derrière les organisations, des êtres de chair et d’os qui cherchent sens et bien-être et pas seulement performance et rendement. La transformation managériale est impactée par, comment dire, un nouvel humanisme.

Abderrahman  Mekdad, jeune expert-comptable qui a consacré son mémoire à la gestion du capital humain par un management bienveillant, nous éclaire sur les vertus de cette notion agissante. Une notion à la mode, souvent utilisée à mauvais escient voire mise à toutes les sauces, mais qui, bien loin des contrefaçons et détournements dont elle fait l’objet, s’avère extrêmement féconde.

Le mot vient du latin « benevolentia », qui signifie « décision de vouloir du bien à soi, à l’autre et aux autres ». Noble et précieuse ambition …

L’ambition et la raison d’être du management bienveillant ? « Assurer la satisfaction du collaborateur par la qualité des relations humaines, l’amélioration du cadre de travail et la qualité de vie au travail. » C’est donc tout autre chose que ce à quoi on le réduit parfois, à savoir « un excès de tolérance ou d’indulgence. »

Il repose sur un certain nombre de grands principes, tels que le sens (associé à l’importance de la cohérence) ou la confiance (qui favorise l’autonomie des collaborateurs). La bienveillance incite le management à donner des signes de reconnaissance, à admettre le droit à l’erreur, à communiquer de façon transparente, à écouter. C’est une dynamique en tous points positive.

« La bienveillance ne s’imite pas, elle se vit », proclame Abderrahman. Qui prend soin de rappeler qu’elle n’a « rien à voir avec le monde des bisounours », d’autant plus qu’elle répond d’abord à un objectif économique. Levier de performance, elle se mesure et fait l’objet d’indicateurs de suivi. Elle impacte le climat social, améliore l’ambiance de travail, limite le turn-over … Elle stimule la croissance de l’effectif, celle des clients, et celle du CA. Equation vertueuse ! Et démarche gagnante surtout si on la cultive dans le temps, avec patience et persévérance. 2024, année de la bienveillance ?

Guillaume Proust, vice-président de l’Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France, exprime un credo analogue lorsqu’il assène qu’il faut « s’intéresser encore plus aux équipes » et que « l’humain est le sujet central ». L’expert-comptable doit, selon lui, « avoir des a priori positifs, transmettre des énergies positives à ses collaborateurs, croire en eux. »

Là encore, ce n’est pas une question de tempérament, du moins pas seulement. Cela passe par des méthodes agiles. La réussite de la data visualisation et de la data écriture dans les cabinets sera en partie du ressort des équipes : « il faut les impliquer dans ces changements, leur donner l’occasion de tester des services et des technologies de rupture. » Guillaume préconise de faire participer les collaborateurs à des groupes de travail sur des sujets prioritaires orientés clients ou relatifs à l’organisation du travail, ou encore sur le sens. Et il encourage d’intégrer de la diversité culturelle ou autre pour relever les défis.

Confiance et authenticité, plaisir et bien-être, engagement et responsabilisation, curiosité et agilité, créativité et innovation, comptent au nombre des axes forts du monde de 2024 dans les cabinets. Un monde où l’on n’hésite pas à faire confiance à ses collaborateurs ! … et à le dire, à en être fier, et à faire école …

La force des dynamiques intergénérationnelles

Myriam Maiche, présidente de l’ANECS Côte d’Azur, prononce une ode à l’intergénération. Elle travaille dans le cabinet fondé par ses parents. Se projeter en 2024 est pour elle tout naturel … « En 2024, j’évolue dans un cabinet familial, celui de ma maman, de mon papa, de mon petit frère. Je suis avide d’apprendre, d’aller à la rencontre des équipes et du management, je sais tout ce que mes parents peuvent m’enseigner puisqu’ils ont trente ans d’expérience. »

Elle est avide d’apprendre et de recevoir pour parfaire son expérience, mais aussi consciente de ce que les jeunes peuvent apporter à leurs aînés. « La génération millenium peut aussi leur apprendre beaucoup ». Enrichissement mutuel et importance du reverse mentoring !

Myriam dresse le portrait du cabinet apprenant, évolutif, où la dynamique de performance collective produit ses meilleurs effets. C’est un gage essentiel de continuité et de pérennité. Tout cela ne s’improvise pas. Le changement passe par la méthode. Notamment en matière d’anticipation. Le succès repose sur un bon diagnostic du cabinet (ses bonnes et ses mauvaises pratiques), puis sur l’élaboration d’un plan d’action avec des objectifs précis, qui peuvent évoluer en fonction des circonstances et de la survenance de nouveaux enjeux.

Capitale est l’importance d’être accompagné par les anciens dans la reprise d’un cabinet. « La confiance du cédant est nécessaire, notamment pour réussir à fidéliser le socle de clients ». Et pour conserver l’identité et la culture familiale du cabinet tout en affirmant sa marque, sa légitimité propre (au lieu d’être regardé comme « le fils de » ou « la fille de » vis-à-vis des collaborateurs comme des clients).

Un message-clé ? « Créer des liens et échanger ensemble entre les différentes générations d’experts-comptables permettra d’embellir encore plus la profession ».

La transformation numérique du cabinet

Jean Saphores remonte sur scène pour offrir un exposé magistral sur le devenir de la profession. Jonglant entre technicité et regard prospectif, il dresse un panorama stimulant, inspirant, entraînant, de la profession à horizon 2024 et au-delà. « En 2024, quelle est la mission de base de l’expert-comptable ? La tenue comptable ! C’est une mission qui va perdurer », affirme-t-il. Quelque peu provocateur et à contrecourant de certaines idées reçues …

IA ou pas, la tenue comptable va rester au cœur de l’activité de la profession. Jean remet les robots à leur place et l’humain au centre … « Le robot aura besoin de la donnée que l’expert-comptable lui apportera. » Et l’automatisation, alors ? « On va faire la boîte à chaussure numérique ! » Organisation des flux, intégration et collecte des données : à nous deux ! Adieu la saisie ! Il s’agira d’un « travail d’intégration des flux de documents ». Un travail créateur de valeur car rajoutant de la sécurité et de la confiance via la conformité, la vérification de la normalité comptable, etc.

Conclusion : « On va enrichir la donnée. L’expert-comptable va avoir en fait un rôle accru. Nous sommes le vrai tiers de confiance de l’entreprise, incontournable, et que le numérique rend encore plus incontournable et central … à la condition de mettre de l’humain et de la proximité. Dans ce monde très numérique, on a un besoin accru d’humain, l’humain est notre force et doit être développé ».  Pessimistes et autres misanthropes, passez votre chemin …

Place maintenant à une approche comparative internationale et à un précieux retour d’expérience transalpin avec notre excellent confrère italien Stefano Vignoli.

On le sait, l’Italie a été pionnière pour la facture électronique. Explication sans détour : c’est, allègue Stefano avec humour, parce que « dans notre pays, le taux de fidélité fiscale est très bas ! » … La contrainte (légale) a été à l’origine de l’innovation en la matière.

Mise en place au 1er janvier 2019, la facture électronique a « accéléré le virage de plus de valeur ajoutée. Elle nous a permis de nous positionner sur la valeur ajoutée et le conseil ». Et elle est très utile pour éviter des erreurs. Elle est allée de pair avec la mise en place des tickets de caisse électroniques. « Donc au final, il s’agit d’une innovation par la contrainte mais aux résultats intéressants ». Et qui intéressent toutes les parties prenantes de l’entreprises, notamment les banques, à partir du moment où la facture électronique permet d’avoir accès à une meilleure connaissance du parcours comptable des entreprises.

Le tour de table s’achève, last but not least, sur l’intervention pleine d’énergie et de vélocité digitale d’Eléonore Caiveau-Partula, CEO de Fuzeo et Data Fuz, par ailleurs lauréate du prix du mémoire du futur décerné par le Lab 50.

Elle souligne à quel point il importe que les PME commencent à investir vraiment dans les systèmes d’information. « Il existe beaucoup d’outils, de plateformes Saas, mais qui ne sont pas encore suffisamment investis par les petites entreprises. Les dirigeants de PME doivent acquérir une véritable culture data. » Les professionnels du chiffre aussi, bien entendu. L’objectif n’est certes pas que l’expert-comptable ou le commissaire aux comptes devienne un ingénieur IT, mais il est indispensable qu’il dispose d’une bonne culture data de base.

Eléonore montre que la data visualisation constitue un excellent outil de pilotage de l’activité digitale des cabinets. Mais pas seulement : il en va également du lien de proximité avec la clientèle. « Avoir des collaborateurs qui savent utiliser la data visualisation permet de construire une nouvelle relation avec les clients. »  La « data viz » permet en effet d’apporter plus de valeur aux clients. Le professionnel est à l’origine de l’émission (full service) et à l’arrivée des flux (data viz), flux qui doivent être analysés et exploités pour générer de la valeur. C’est également une opportunité pour les CAC avec les ETI, lesquelles « se battent avec les intégrateurs pour récupérer leurs données. L’audit IT devrait représenter d’ici quelques années 60 % de la mission de CAC. Et permettre de repenser en profondeur la mission. »

Plus largement, en 2024, le système d’information (SI) constitue un vecteur majeur de la valorisation de l’entreprise.

***

La conférence s’achève sur une (très) forte note d’optimisme et de volontarisme partagé, et avec un plan de route pour les trois ans à venir.

« Davantage de valeur, de coopération et d’humain », tel est le mot d’ordre. Ainsi conclut Cyril Degrilart, ministre plénipotentiaire de la « positive attitude » et défenseur infatigable d’une vision prospective conquérante pour la profession.

Cap sur 2024 (et au-delà) … Et vive l’avenir !

Photos de la conférence :

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