L’utilisation de l’IA par l’expert-comptable

2019-10-18T15:39:14+00:00 12 juillet 2019|Catégories : MÉMOIRE DU FUTUR|Mots-clés : , , , , , |

En créant la rubrique « mémoire du futur », le Lab50 a souhaité mettre en valeur et encourager les experts-comptables mémorialistes qui ont choisi d’approfondir un thème lié à l’intelligence artificielle. Et ainsi de mettre à disposition de la profession leurs travaux et œuvrer au bénéfice de tous. N’hésitez pas à les encourager en leur faisant part de vos retours d’expérience, le cas échéant.

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Stéphane Grandvaux
Stéphane GrandvauxExpert-Comptable Diplômé chez KPMG
Titre du mémoire :
« L’utilisation de l’IA par l’expert-comptable »


Lab50 : 
Pouvez-vous vous présenter ?

A 28 ans, je suis expert-comptable diplômé chez KPMG. Après six années d’expérience dans la comptabilité, je travaille aujourd’hui en région Rhône-Alpes sur les sites de Bourg en Bresse et Oyonnax, exclusivement sur un portefeuille Middle-Market en expertise comptable. Mes domaines d’action sont divers : conseil auprès des dirigeants, analyses financières, mise en place d’outils de gestion et d’indicateurs de pilotage, accompagnement de créateurs…

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

J’ai présenté en novembre 2018 un mémoire sur le thème de l’IA : « L’utilisation de l’IA par l’expert-comptable» Pourquoi l’intelligence artificielle ? Les effectifs dans la comptabilité ont diminué de presque ¼ de 2004 à 2016¹. Cette tendance est confirmée dans l’enquête que j’ai menée auprès des experts comptables et que j’ai publiée sur LinkedIn en septembre 2018². Ces chiffres m’ont fortement interpellé. Il nous faut envisager le rôle subtil que joue l’IA.

Ce sujet représente aussi un intérêt professionnel qui a débuté fin 2016. J’ai été pilote dans mon ancien cabinet pour tester et implanter des solutions d’OCR utilisant des technologies d’IA. C’est une expérience qui m’a permis d’appréhender le potentiel des outils utilisant l’IA, les facteurs clés pour implanter des solutions de ce type dans un cabinet, mais aussi de comprendre les résistances au changement. Je m’attache aujourd’hui à développer une démarche pro active de dématérialisation et d’utilisation de nouvelles technologies auprès des équipes que je supervise au quotidien.

Pouvez-vous nous expliquer ce que l’IA peut apporter au secteur de l’expertise-comptable et aux autres secteurs d’activité ?

L’IA concerne toutes les entreprises et pas seulement des cabinets comptables. De nombreux secteurs d’activité sont impactés : la santé, les banques, les assurances, les industries…

Aujourd’hui une machine peut reconnaître un cancer ou une maladie avant un médecin. La performance des IA a dépassé celle de l’homme en matière de reconnaissance visuelle. En effet le taux d’erreur en matière de reconnaissance visuelle est passé de 28,5% en 2010 à 2,5% en 2017 contre 5% pour l’homme³. C’est une véritable révolution qui va nous concerner aux travers par exemple des logiciels de reconnaissances de factures (OCR).

On va tendre dans les prochaines années à une verticalisation de l’IA, avec plus d’expertise et d’applications. Par exemple des agents conversationnels pouvant répondre aux questions simples de nos clients sont déjà disponibles sur le marché. Demain, des assistants personnels seront capables de répondre à n’importe quelles questions. Ils ne seront plus spécifiques, mais de véritables experts dans tous les domaines.

Cela va-t-il avoir un impact sur la relation client, sur la responsabilité et in fine la déonto?

Les échanges avec nos clients vont être simplifiés. Grâce à la Blockchain, les clients n’auront plus besoin de fournir les données ou documents financiers à leur expert-comptable. Celui-ci aura un accès direct à cette blockchain. Avec l’intervention de l’IA, l’expert pourra fournir des états prédictifs en se basant sur l’analyse de milliers d’entreprises.

Selon le cabinet Gartner, 85% des interactions avec le client ne nécessiteront plus d’intervention humaine à l’horizon 2020. La relation client sera en grande partie automatisée et gérée par l’intelligence artificielle. C’est assez paradoxal car notre métier est avant tout du conseil pour nos clients qui ont besoin du contact « humain ». Il est plus rassurant pour un client d’avoir une réponse à sa question de la part d’un expert-comptable plutôt que d’un robot. Cependant, il est important de comprendre l’enjeu de l’IA dans la gestion de la relation client pour certaines tâches. A partir du moment où le client aura besoin de conseil plus précis, l’IA laissera pour l’instant sa place à l’expert-comptable.

La question de la responsabilité juridique d’une IA est une question importante. Le recours à des algorithmes prédictifs et aux données d’apprentissage de l’IA doit être encadré conformément aux dispositions applicables en matière de protection des données à caractère personnel. La loi Informatique et liberté de 1978 et le RGPD établissent un premier cadre. Cependant qui serait responsable en cas d’erreurs sur des algorithmes utilisant l’IA ? Imaginez un agent conversationnel qui tiendrait des propos inadaptés au client, l’IA serait-elle responsable ou l’expert-comptable ? Aujourd’hui, la législation française n’est clairement pas adaptée pour répondre à ce type de question. Dans les prochaines années, il sera question d’accorder ou non la personnalité juridique à un robot ou une IA.

Quels seraient, selon vous et à ce stade de vos réflexions, les progrès à faire au sein de la profession ?

Anticiper les évolutions

Beaucoup de tâches vont être ubérisées à des prix très bas et il faut s’attendre dans les prochaines années à la possible suppression de la prérogative d’exercice pour les experts-comptables. Les cabinets vont être fortement impactés par ces évolutions. Il faut que la profession s’organise et anticipe les évolutions technologiques et règlementaires pour s’adapter à l’environnement qui est en pleine mutation.

Fixer un cadre dans le code de déontologie

La profession dispose d’un atout majeur par rapport à une SSII ou une entreprise de conseil en informatique, c’est son code de déontologie. Il faudrait pouvoir adapter le code de déontologie aux nouvelles évolutions technologiques et en particulier à l’intelligence artificielle. Cela permettra de protéger les experts-comptables, mais surtout les clients sur l’utilisation de leurs données.

Notes

¹ Source : Base de données DARES d’après l’étude de l’Institut Sapiens

Vous souhaitez nous soumettre le sujet de votre mémoire IA, blockchain, data et rejoindre la communauté « Mémoire du futur » ?
Ecrivez-nous à hello@lelab50.fr

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